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The Runaway Pistol

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les avis de Cinemasie

4 critiques: 2.38/5

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7 critiques: 2.39/5



jeffy 2 Peu intéressant
Alain 4 Version punk de la société HK
Ordell Robbie 0.5 Coup de Revolver dans l'eau
Anel 3
classer par notes | date | rédacteur    longueurs: toutes longueurs moyen et long seulement long seulement


Peu intéressant

Le propos ambitieux que semble afficher Lam Wah-Chuen avec ce film se heurte à deux obstacles: la forme narrative adoptée et la prétention sociale de l'histoire. L'image se veut recherchée mais laisse surtout une impression de déjà-vu. Car ici, à la différence de ce que sait faire Fruit Chan, auquel le film fait de nombreuses fois allusion, l'image ne rend pas compte d'un point de vue personnel. Au contraire en prenant régulièrement un point de vue objectal, le film prend nécessairement de la distance avec l'action montrée et la valse continuelle des personnages achève de détacher le spectateur de la vision qui lui est proposée.

Ce qui aurait pu sauver complètement le film, c'est d'appliquer cette vision "objective" à un sujet intéressant, à un sujet dont la réalité se serait tellement imposée d'elle-même que la distanciation en serait le contrepoids nécessaire. Or, rien de tout cela ici. On joue plutôt dans la gratuité et la complaisance. S'il y a une critique sociale dans le film, elle semble être le fait d'une vision assez éloignée de la réalité. Le seul moment où Lam Wah-Chuen touche joue, c'est quand il s'intéresse à la télévision et aux media. La jeunesse délinquante est le fruit de vision beaucoup trop conventionnelle pour sembler réelle. Ce film n'est pas un portrait vivant d'une société malade, c'est plutôt une autopsie réalisée de le cadre froid d'une pensée sans grande envergure. Pour simplifier, si vous voulez de l'esthétisme intelligent repartez voir du coté de Fruit Chan, et si c'est une critique sociale qui vous tente, Spacked Out est de très loin supérieur.



05 novembre 2005
par jeffy




Version punk de la société HK

Fin 2002 ou la résurrection d'Andrew Lau: alors que 'homme était considéré comme mort commercialement et artistiquement, voilà qu'il fait subitement un double coup de poker. Premier coup de poker via son Infernal Affairs qui explose le box-office local via une technique au poil et une impressionante réunion de stars (mais le tout au prix d'un consensus bien mou). Deuxième coup de poker en produisant la réunion des talents "alternatifs" du ciné HK via ce Runaway Pistol qui est quasiment l'anti-thèse de son polar-blockbuster. A part deux réalisations complètement oubliées au début des années 90, le nom de Lam Wah-Chuen ne dit rien mais c'est plutôt dans le domaine de la photographie que le monsieur s'est illustré ces dernières années, dirigeant principalement celles des films de Fruit Chan et Wilson Yip. Le rapport avec Fruit Chan ne s'arrêtant pas là vu qu'il aussi composer la musique de la plupart de ses oeuvres: au vu de ce degré d'implication, il fait presque figure d'assistant-réalisateur du cinéaste qui donna l'estimé Made In Hong-Kong en son temps. Mais avec cette forte parenté, il ne faudra pas s'étonner d'entendre ci et là les mauvaises langues dire que le film n'est qu'une simple copie des oeuvres de Fruit Chan: argument bien faible vu l'importance des postes qu'occupait Lam Wah-Chuen dans la finition audio-visuelle de ceux-ci. Par contre, et en vrai premier film un tant soit peu personnel, Lam Wah-Chuen peut se lâcher à la réalisation, renouant avec l'énergie visuelle et narrative des meilleurs moments de Made In Hong-Kong, tout en rajoutant une petite touche expérimentale comme savaient si bien le faire les réalisateurs de clips dans les années 80 en usant et abusant du changement de support (pellicule et vidéo), jouant avec les couleurs (polarisation à l'extrême, etc...) pour recréer le monde sous un angle différent: un effet absolument pas gratuit car la plupart du temps, ce point de vue reflète celui du protagoniste principal de l'histoire, à savoir l'arme à feu en elle-même.

Aussi bien visuellement que narrativement, le pistolet du film est le personnage-clé de l'histoire. Possèdant sa propre voix (voix-off évidemment), il raconte son histoire qui débuta dans les années 30-40 et commente avec dépit les actes que ses propriétaires lui ont faire, créant la plupart du temps des drames irréparables. Ainsi, Runaway Pistol fait de nous les témoins d'une société empêtrée dans sa propre violence qui touche toutes les classes sociales et tous les âges. Le film se joue de tous les rêves et espoirs des humains qu'il met en scène, déviant presque vers l'humour noir et le cynisme total lorsque des gens récupérant les corps sans vie d'un couple noyé (mais dont les mains restent mystérieusment attachées l'une à l'autre) qualifie la situation d'hautement romantique alors que le couple s'est formé dans la contrainte et l'auto-destruction. A l'instar de ces présentatrices russes de télé qui se déshabillent devant la caméra, Runaway Pistol met à nu ses personnages, ne leur donne aucune chance de se cacher sous les apparences, les relèguant à leur plus bas instincts et réflexes où la mort (de soi-même ou d'autrui) devient la seule solution possible. Parmi toute la kyrielle d'acteurs inconnus (mais excellents), on notera les réalisateurs Barbara Wong (Women's Private Parts) et Wilson Yip (Bullets Over Summer), avec qui Lam Wah-Chuen a déjà collaboré par le passé, qui donnent des prestations convaincantes pour leur premier passage devant la caméra surtout pour des rôles peu faciles: un couple prostituée/mari violent empêtré dans un quotidien glauque et sans lendemain. La notion d'espoir n'a plus cours mais une maigre consolation arrive quand le pistolet vient à se rebeller contre l'un de ses propriétaires malfaisants: une goutte d'eau dans un océan mais le film ne propose aucun discours, aucune réflexion, juste une vision délibérement punk et nihiliste du monde qui lui évite de tomber dans l'essai foireux genre Leaving In Sorrow et devient ainsi un divertissement purement alternatif et surtout mémorable. Le bouquet final étant d'assister à Sam Lee en guest-star qui vient gueuler sur la chanson de fin: un film vraiment No Future à se repasser en boucle pour le fun...



19 juin 2003
par Alain




Coup de Revolver dans l'eau

Quant un cinéma est en crise artistiquement -ce qu'est le cinéma hongkongais depuis la seconde moitié des années 90 ou le cinéma américain depuis la fin de son age d'or seventies-, on en vient parfois à porter aux nues tout objet qui sort un peu de l'ordinaire (et dans une industrie hongkongaise tournée vers le divertissement ue film tel que Runaway Pistol est incontestablement singulier). Ceci explique sans doute le grand succès d'estime à Hong Kong de Runaway Pistol. Sur le papier, le film de Lam Wah Chuen a pourtant tout pour plaire: produit par un Andrew Lau qui avait réalisé cette année un Infernal Affairs regardable, réalisé par un assistant-réalisateur de Fruit Chan, le film introduit une idée de la série télévisée Gun (le flingue intinérant) pour essayer de renouveler le polar hk, une démarche à la Milkyway hors la Milkyway en somme. Sauf que comme l'a si bien dit Jules Whinfield dans Pulp Fiction, les meilleures intentions ne suffisent pas. Certes, on pourrait voir dans le film un coté bricolé qui rappelle la force qu'a pu avoir le meilleur du cinéma hongkongais, sauf qu'ici on est plus proche du brouillon. L'utilisation des poissons dans le générique est moins convaincante que chez Marco Mak, le split screen est le plus souvent usé de façon gratuite qu'explicative, les caméras portées sombrent souvent dans l'épate Dogma, l'usage des filtres monochromatiques est souvent gratuit sauf pour représenter le regard de l'enfant enlevé et la réalisation des flinguages est archiconfuse. Dans ces moments-là, on se dit que Lam Wah Chuen manque peut-être d'un producteur pour faire le tri dans ses idées visuelles, ce qu'avait su faire Johnnie To pour Patrick Yau -comparez les mise en scène de Loser's Club et des Yau tournés avec la Milkyway-. Quant à la musique, elle oscille entre métal lourdingue, boites à rythme pachydermiques, pianos mielleux et mauvais "à la manière de" Scarface. Les acteurs sont eux plus proches du "mal jouer" que d'un bon amateurisme à la Dumont.

Niveau scénario, ce n'est pas mieux avec l'idée grotesque de faire parler le revolver en voix off surtout pour susciter un rapprochement avec Hitler et la Seconde Guerre Mondiale (en gros c'est pas l'arme qui est violente, c'est celui qui la porte, quelle révélation...), pour le faire discuter avec le mort ou encore une longueur lorsque le récit s'attarde sur le destin d'un personnage une fois le revolver perdu. Cet enchainement tragique offre une série d'observations -la femme qui se prostitue pour payer les dettes de son mari, est battue par lui avant qu'ils ne se rabibochent, la voix off du mort qui a peur que sa femme maltraite ses enfants, le tournage de la vidéo porno, les news présentées nue, les kids essayant de mettre le feu à un clochard, les ventes d'armes, le destin des enfants hongkongais enlevés par des Continentaux- qui mises bout à bout n'arrivent pas à donner de point de vue synthétique sur la société hongkongaise. Seule la superbe scène du "double suicide" et celle très fruitchanienne où un commerçant regarde d'un air distant à la télévision la nomination de Tung Chee Hwa augurent de ce que le film aurait pu etre.

Le film souffre au final surtout d'absence de vrai point de vue de cinéaste, ce qui ne pardonne pas lorsqu'il s'agit d'aborder un sujet choc. Il ne suffit pas de présenter les choses pour faire un grand film; il faut également les représenter de façon cohérente.



19 juin 2003
par Ordell Robbie


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